Corrigé d’annales de bac – SES 2017

Vous trouverez dans cet article le corrigé détaillé des annales de bac de SES de 2017. Le sujet proposé était le suivant : comment la conflictualité sociale a-t-elle évolué en France ?

 

La question de cours

Des conseils de méthodologie

  • Il faut dans un premier temps se demander quelle est la nature de la question.
    • Si la question est une question de définition, il convient de réutiliser le cours et les exemples donnés dans le cours pour étoffer la définition.

    Exemple : qu’est-ce que la croissance économique ? Il s’agit dans ce cas de donner la définition classique de François Perroux (“l’augmentation soutenue pendant une ou plusieurs périodes longues d’un indicateur de dimension, pour une nation, le produit global net en termes réels”), de dire ce qu’elle n’est pas (elle n’est pas une expansion et elle se différencie du développement) sans nécessairement passer trop de temps à définir ces autres notions, car ce serait hors-sujet. Il s’agit ensuite de dire comment on la mesure (le PIB, qui est la somme des valeurs ajoutées produites sur le pays pendant la durée d’un exercice, une année ou un trimestre) et terminer par dire qu’elle est critiquée et qu’il existe des indicateurs alternatifs qui lui sont complémentaires, qui prennent en compte des facteurs davantage sociaux (classiquement, l’IDE).

    • Si la question n’est pas une question de définition, mais une question de mécanisme, il faut faire une première phrase de définition (ici, c’est sur la taxation et les enjeux de développement durable) pour définir la notion qui est en jeu, expliquer le mécanisme théorique et terminer par un rapide exemple

    Exemple : comment la taxation permet-elle d’agir sur la préservation de l’environnement ? Il faudra dans un premier temps définir ce qu’est la taxation (il s’agit, tel qu’on l’entend ici, d’un outil fiscal qui dépend et sanctionne des actions des agents économiques) et la préservation de l’environnement (que l’on peut entendre comme la lutte contre la pollution). Ensuite, on explique les différentes étapes du mécanisme. Il faut dans un premier temps quantifier le coût social de l’externalité négative visée par la taxe, puis la mettre en oeuvre afin de réduire la quantité de pollution. La taxation permet donc d’atteindre, selon l’optique de Pigou dans son livre The Economics of Welfare, le niveau de pollution optimale. On peut rapidement conclure en mentionnant, par un exemple, le fait que d’un point de vue politique et social, cette taxe est difficile à mettre en place (bonnets rouges en Bretagne en 2013).

 

Question de cours 1 : Distinguez solidarité mécanique et solidarité organique chez Durkheim

Voici comment traiter la première question de cours des annales de SES de 2017.

 

Dans son livre De la division du travail social, Durkheim différencie deux types de solidarité, c’est-à-dire deux façons de relier les individus entre eux et d’organiser la cohésion de la société. La solidarité mécanique, d’une part, se retrouve davantage dans les sociétés traditionnelles, où les valeurs et normes sont partagées. Les comportements y sont similaires, la conscience de groupe y est forte, et le droit est répressif : il s’agit de sanctionner tout écart à la norme en vigueur. A l’inverse, les sociétés à solidarité organique est typique des sociétés modernes, où les comportements doivent être complémentaires (comme des organes) et où le travail est fortement divisé. Le droit y est restitutif : les agents ne doivent pas être exclus car le tout dépend des parties.

La solidarité mécanique se retrouve rarement à l’échelle d’une société entière, comme c’est le cas aujourd’hui avec la solidarité organique, mais on peut retrouver ses signes distinctifs dans des associations, ou bien dans des religions.

 

Question de cours 2 : Montrez que le marché du travail est segmenté.

Voici un corrigé de la deuxième question de cours des annales de SES de 2017.

 

Le modèle néoclassique, développé à la fin du XIXème siècle, concevait le marché du travail comme un marché unifié, où le travail était une marchandise comme une autre, et dont le prix (c’est-à-dire le salaire), était fonction de l’offre et de la demande. Néanmoins, cette conception est éloignée des observations empiriques, qui montrent un marché du travail très segmenté. Celle-ci se fait sur plusieurs façons. Tout d’abord, entre un marché interne, les « insiders », et un marché externe, les « outsiders ». Le marché externe, celui des offreurs de travail non-employés, fonctionne comme un marché en concurrence. A l’inverse, le fonctionnement du marché interne, qui celui de ceux déjà en place dans l’entreprise, obéit à d’autres règles : ancienneté, rapports de force et négociations syndicales… Les accords de branches correspondent par exemple à ces règles du marché interne.

Cette segmentation s’incarne aussi par la présence d’un marché primaire, où se trouvent tous les emplois de longue durée et protégés, et secondaire, où se trouvent les emplois atypiques (CDD, temps partiel) qui sont moins bien rémunérés. Les réformes Hartz en Allemagne entre 2003 et 2005 ont participé à l’essor du marché secondaire, même si le chômage a pu considérablement diminuer.

 

 

 

Deuxième partie des annales de SES 2017 : Analyse de documents

 Méthodologie de l’analyse de document 

La méthodologie de l’étude de document est très balisée, et ce n’est clairement pas cet exercice qui permet de briller par son originalité (à part peut-être dans le corps de la réponse…).

  1. Tout d’abord, il s’agit de présenter le document : sa source, son nom, sa nature, ce qui y est présenté. Le mieux est de le faire de façon synthétique.
  2. Ensuite, il faut, brièvement, expliquer quel est l’enjeu de ce document. Si c’est un tableau ou un graphique qui présente deux indicateurs, l’intérêt du document est sûrement de voir s’il existe une corrélation, et peut-être une causalité.
  3. Ensuite, dans le corps de la réponse, je vous suggère de prendre deux chiffres significatifs (ils montrent de façon extrême une certaine idée) et de les développer. Il convient donc de les citer correctement (attention à la différence entre les pourcentages et les points de pourcentages etc…). Puis, dans un second temps, on peut les interpréter à l’aide de notre cours ET de nos connaissances personnelles. D’abord parler du document puis ensuite de nos connaissances permet de nous prémunir contre la critique classique de l’examinateur qui nous dit que “l’élève se concentre plus sur ses idées à lui que sur le document”.
  4. Conclure sur ce que nous a appris le document.

Vous pourrez voir que les 4 paragraphes de ma réponse suivent pratiquement ce schéma (introduction, 2 paragraphes sur 2 chiffres, conclusion). Ce document est plutôt classique au sens où sont présentées deux indicateurs, et tout l’enjeu de l’analyse sera de voir quelle relation ils entretiennent. Les 2 chiffres que j’ai noté permettent de soutenir 2 idées différentes : dans un cas, les exportations déterminent le niveau du PIB, et dans l’autre, le PIB détermine le niveau des exportations. L’idée est de montrer que la corrélation ne peut pas se transformer en causalité aussi facilement.

 

Réponse rédigée de l’analyse de document des annales SES 2017

 

Ce graphique, réalisé par l’OCDE en 2012, expose les évolutions des exportations de produits manufacturés et du PIB mondiaux sur la période 1950-2012 en volume, avec comme indice de base l’année 1950. Ces deux indicateurs permettent d’observer les liens que peuvent avoir d’une part la richesse globale des économies avec les exportations de biens manufacturés. Ainsi, comparer ces deux indicateurs, c’est se demander s’il y a une corrélation, et éventuellement, une causalité à observer.

On remarque que les évolutions du PIB et des exportations de biens manufacturés sont corrélées, et même que ce dernier indicateur augmente plus vite que l’autre. Par exemple, les exportations en biens manufacturés sont 74 fois supérieures en volume à celles de 1950, et le PIB mondial a été multiplié par 9 sur la même période. On peut donc avancer l’idée qu’il existe un lien entre ces deux indicateurs : la mondialisation, et donc l’augmentation des échanges internationaux, permet aux économies de se spécialiser et de bénéficier de gains à l’échange, ce qui se traduit en augmentation du PIB. Il pourrait donc y avoir une causalité entre les exportations et le PIB.

Néanmoins, on remarque que les exportations comme le PIB ont diminué en 2008, au moment de la crise des subprimes. La corrélation est donc toujours observée, mais la causalité peut être inversée : la baisse du PIB mondial due à la crise des subprimes a provoqué une baisse de la production, et donc une baisse des exportations mondiales. On observe en effet sur le graphique une décroissance momentanée des deux courbes, ce qui signifie une baisse en valeur absolue des deux indicateurs, la baisse des exportations étant plus que proportionnelle à celle du PIB.

En conclusion, ce graphique met en évidence un fort lien de corrélation entre le PIB mondial et le niveau des exportations de biens manufacturés sur la période 1950-2012. Transformer en causalité ce lien n’est pas évidence, car les exportations influencent le PIB et réciproquement.

 

Troisième partie des annales de SES de 2017 : la dissertation 

 

A l’aide de vos connaissances et du dossier documentaire, vous montrerez que le PIB est un indicateur imparfait

 

Méthodologie : ce qu’il fallait retenir dans chaque document

Document 1 : Le document compare deux indicateurs pour plusieurs pays (certains étant développés, d’autres des PED) : le PIB et l’IDH. Sont donnés pour chaque pays les valeurs des indicateurs et le classement pour chaque indicateur sur tous les pays du monde. Que voit-on ? La différence non négligeable des rangs entre PIB et IDH

Les données notables sont celles concernant l’Australie et les Emirats Arabes Unis.

Thèse : L’IDH prend en compte ce que le PIB exclut : le développement. Il est donc mieux à même de mesurer le développement du niveau de vie et du progrès social.

Document 2 : le PIB est un indicateur obsolète en ce qu’il rend compte surtout de l’aspect quantitatif de la production et non de son aspect qualitatif. Les économies sont de plus en plus complexes et les services de plus en plus nombreux, ce qui rend le PIB inadéquat. La production n’est plus un enjeu clef, c’est le bien-être qui doit prendre sa place.

Document 3 : l’ensemble des ressources produites par une économie ne sont pas comptabilisées dans le PIB : le cas de l’économie souterraine. Les chiffres de l’Italie et du Mexique sont notables (respectivement 17,5 et 15,9% du PIB observé !).

 

Ebauche d’un plan

Ce qu’on peut déjà observer, après avoir rapidement lu les documents :

  • Le premier document nous propose une alternative et compare deux indicateurs : l’IDH et le PIB.
  • Le deuxième document démontre l’urgence de changer d’indicateur car le PIB ne rend plus compte des réalités et des enjeux économiques de notre époque.
  • Le troisième document nous montre une défaillance du PIB.

Je propose donc ainsi d’organiser de la façon suivante le plan de notre épreuve composée :

  • Le PIB a des défaillances (doc 3 et connaissances du cours)
  • Il faut donc urgemment changer d’indicateur (doc 2)
  • Voici par exemple un indicateur alternatif, l’IDH (doc 1)

 

Correction rédigée

 

Voici la correction rédigée des annales de SES de 2017.

 

Le Produit Intérieur Brut (PIB) a été crée en 1934 par l’économiste américain Simon Kuznets afin de mesurer les effets de la dépression économique sur le pays. Déjà à l’époque, l’économiste mettait en garde contre le mauvais usage du PIB, qui ne pouvait en aucun cas être considéré comme un indicateur du bien-être.

Construit comme la somme des valeurs ajoutées de l’ensemble des producteurs résidents sur l’économie, le PIB est devenu un indicateur conventionnel pour mesurer les richesses et les évolutions d’une économie. C’est un indicateur macroéconomique, au même titre que le taux de chômage, d’inflation ou du solde des transactions courantes ; très utile pour piloter l’économie et rendre compte de tendances de long terme. LE PIB était en effet au cœur des observations de Jean Fourastié, dans son livre Les Trente Glorieuses ou la révolution silencieuse, pour rendre compte de l’enrichissement structurel de la France d’après-guerre.

Néanmoins, cet indicateur a de nombreux défauts qui l’empêchent de mesurer parfaitement l’activité économique, et il peut être considéré comme inadapté pour piloter, aujourd’hui,

Le PIB rend-t-il adapté pour rendre compte au mieux de l’activité économiques et des enjeux tels que l’amélioration du bien-être ?

  • Le PIB présente de nombreuses défaillances : il ne prend pas en compte les externalités, l’économie domestique et souterraine (voir document 1)
  • Il est urgent de changer d’indicateur car le PIB est plus quantitatif que qualitatif (document 2). Comment calculer, à une époque où les entreprises deviennent de plus en plus complexes, de la valeur ajoutée, de dépenses intermédiaires… sans que ces calculs ne deviennent plus que purement des inscriptions comptables ? Mentionner le Paradoxe d’Easterlin et du bien-être : quel indicateur pour le bien-être ?
  • Commission Stiglitz qui a conçu l’indicateur de l’IDH. Expliquer les composantes de l’IDH, et utiliser les chiffres du document 1 pour montrer les divergences entre le PIB et l’IDH.

Compte tenu des imperfections du PIB, comme la mesure imparfaite de l’ensemble des activités économiques effectuée sur un territoire, celui-là est inadapté pour mesurer le bien-être d’une économie. D’autres indicateurs doivent être développés pour correspondre à une réalité économique qui fait plus de place aux services et à des chaînes de valeur plus complexes. De même, l’IDH apparaît comme plus adapté pour mesurer le bien-être.

Toutefois, tout indicateur est un construit : l’IDH lui-même souffre de limites (comme la pondération de ses composantes) et d’autres indicateurs sont plus à même de mesurer d’autres réalités, comme la pauvreté.

 

N’hésitez pas à consulter d’autres corrigés des annales de SES sur le site. Bon courage dans vos révisions.

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