Corrigé d’annales de bac – SES 2018 – Dissertation

Dans cet article, vous trouverez un corrigé rédigé d’annales de bac de SES 2018. Comment faire une dissertation ? Quels sont les conseils de méthodologie à garder en tête le jour J ? Vous trouverez tout cela dans cet article !

 

Analyse du sujet

Pour commencer, il faut avant tout lire très attentivement le sujet des annales de SES 2018 : Le salaire résulte-t-il uniquement de la confrontation de l’offre et de la demande du travail ? 

 

Conseils de méthodologie

Au moment où vous est donné le sujet de la dissertation, il convient évidemment d’essayer de comprendre la question, mais aussi de regarder les documents qui vont ont été donnés afin de savoir dans quel cadre vous allez devoir rédiger votre dissertation. Les documents vont serviront d’exemples pour appuyer des théories du cours que vous devez connaître : ils peuvent donc, par induction, vous donner des idées quant aux théories et arguments à mobiliser. Il s’agit donc d’abord de survoler les documents afin de voir quelle thèse ils servent, sans trop s’attarder dessus comme vous le feriez en analyse de document (EC2). Quelles thèses servent, dans le cas présent, les documents joints à cette dissertation ?

 

Analyse des documents du sujet des annales de SES 2018

Document 1 : Les thèmes de négociation en 2015 parmi les accords signés par des délégués syndicaux ou salariés mandatés.

Si ce document nous a été donné, c’est principalement pour que la première ligne du tableau nous saute aux yeux : 38% des accords syndicaux concernent les salaires et primes (et 19% concernent la participation, l’épargne salariale et l’intéressement). Il est clair que ce document répond par la négative à la question : le salaire résulte-t-il uniquement de la confrontation de l’offre et de la demande de travail ? Ce document soutient la thèse selon laquelle le salaire est fonction d’un rapport de forces et de négociation entre les partenaires sociaux. Le salaire est le résultat d’une lutte sociale que les « insiders » mènent contre le patronat.

 

 

Document 2 : SMIG ou SMIC mensuel net en France, pour un temps plein, en % du salaire net moyen

Sans même regarder le document, on peut déjà se dire que l’existence même du SMIC répond encore une fois par la négative à la question posée par le sujet : le SMIC est un salaire plancher. Ce document nous montre les évolutions du salaire minimum relativement au salaire moyen de l’époque. Un taux bas peut signifier deux choses :

  • Que le salaire minimum était très bas en valeur absolue.
  • Qu’il y avait des inégalités très élevées dans la société (car on ne parle de salaire moyen, et non médian).

On note que la courbe s’inverse à la fin des années soixante. On peut très légitimement supposer qu’il s’agit là des effets de Mai 68, et des revalorisations du salaire qui ont suivi (il s’agit des accords de Grenelle qui ont donnés lieu à l’augmentation du SMIG, une quatrième semaine de congés payés, la création de la section syndicale et du délégué syndical dans les entreprises). La pente est depuis plutôt ascendante, le salaire minimum ayant subi, au cours du temps, de nombreux « coups de pouce ». Le salaire dépend ici d’une volonté politique, et s’inscrit parfois même dans une politique économique (un plan de relance keynésien par exemple).

 

 

Document 3 : Revenu salarial annuel moyen en France en 2014

Ce document des annales de bac de SES de 2018 nous montre que le marché du travail est segmenté. Ici, les catégories socio-économiques interviennent : sexe, âge, niveau d’études, CSP. Il faut ici parler sociologie.

 

Ce qu’il faut tirer de l’analyse

Ce rapide survol des documents nous montre plusieurs choses. La première, si on ne l’avait pas deviné, c’est que ce sujet est un prétexte pour nous parler des différents déterminants du salaire, qu’ils soient économiques ou sociologiques. La deuxième des choses, plus intéressante, va influencer notre plan. On ne peut pas ici faire de plan « oui/non », et soutenir dans un premier temps que le salaire est uniquement formé par la confrontation de l’offre et la demande, et dans un second temps d’autres déterminants influencent le salaire, car aucun document ne viendrait étayer la première partie ! Il faudra donc trouver un autre type de plan. Voici une proposition de plan détaillé pour ce sujet.

 

 

L’introduction rédigée des annales de SES 2018

Le salaire a été au cœur des récentes mobilisations sociales qu’a vu la France ces dernières années. D’abord, les manifestations qui ont suivies la loi travail du ministre El Khomri en 2016 assouplissant les règles de négociation salariale, et puis bien évidemment les manifestations hebdomadaires des gilets jaunes concernant le pouvoir d’achat en général. Mais comment se forme le salaire ? Résulte-t-il uniquement de la confrontation de l’offre et de la demande du travail ?

Le salaire est la rémunération du travail, et plus précisément le montant paiement du travail convenu entre le salarié et son employeur. Sa détermination est donc contractuelle. Mais comment se fixe le niveau du salaire ? La théorie économique néo-classique a tenté de répondre à cette question en assimilant le salaire à un prix comme un autre, se formant de la même façon que tous les prix sur tous les marchés, et où dans ce cas le bien échangé serait le travail. Néanmoins, on observe que le travail a, depuis le XIXème siècle en Europe, été un enjeu central dans les luttes sociales et dans les mouvements ouvriers. Cette histoire montre que le salaire résulte aussi de luttes, de sociologie, choses que la simple confrontation de l’offre et de la demande du travail n’explique pas.

 

Le plan détaillé des annales de SES 2018

Quels autres facteurs expliquent la formation du salaire ?

I – Le salaire résulte de facteurs non-économiques, ce qui n’est pas expliqué par le modèle standard néo-classique.

 

1. L’insuffisance du modèle néoclassique

Le modèle néoclassique, fondé dans les années 1870 par plusieurs mathématiciens, visait à donner à l’économie une assise plus rationnelle et objective à l’aide de mathématiques. Dans cette optique, l’économie est vue comme un ensemble de marchés sur lesquels s’échange, à chaque fois, un unique bien. Chacun des marchés aboutit à un “équilibre partiel” (par opposition à un équilibre général, qui lui se fait sur tous les marchés) qui découle de la confrontation de l’offre et de la demande. Selon le modèle néoclassique, tous les biens sont traités de la même façon. Ainsi, le travail est un bien comme un autre : c’est une marchandise qui est demandée par les employeurs et offerte par des employés. C’est donc la confrontation de l’offre et du travail qui aboutit au prix, c’est-à-dire au salaire.

Néanmoins, les limites de l’analyse néoclassique sont contenues dans ses propres fondements : à force de vouloir assimiler le travail à une marchandises comme les autres et en faisant abstraction des interactions humaines, on perd de vue la réalité du marché du travail. En effet, les hypothèses de la concurrence pure et parfaite ne sont aucunement vérifiées sur ce marché spécifique. Les travailleurs ne sont en effet pas mobiles, d’où la présence, par exemple, de fortes poches de pauvreté dans le nord de la France depuis la fermeture des mines, les grandes vagues de désindustrialisations et les délocalisations. En effet, organisée par le Président de Gaulle dans le début des années 1960, la transition du charbon vers le nucléaire a mis au chômage de nombreux travailleurs qui, propriétaires et non pas locataires, mais aussi par défaut de formation, n’ont pas pu se reconvertir. L’ensemble des autres hypothèses (l’homogénéité, la libre entrée et sortie, la transparence de l’information et l’atomicité), ne sont elles-mêmes pas vérifiées, ce qui force à modifier notre cadre de pensée, et à introduire des éléments sociologiques dans notre analyse.

2. L’insuffisance du modèle néoclassique

Segmentation du marché du travail en fonction de facteurs sociaux. Il y a une différence salariale en fonction des classes sociales et des attributs socio-économiques des agents, le salaire est significativement différent. Discrimination salariale entre les hommes et les femmes, et aussi en fonction des diplômes.

A ce titre, le Document 3 était fort utile pour illustrer et commenter les chiffres.

 

II – Le salaire a aussi des causes politiques

 

1. Histoire des luttes sociales

  • La relation salariale est aussi le résultat d’un processus socio-historique : les clauses du contrat de travail respectent le droit du travail ainsi que la définition des postes et de grilles salariales par les conventions collectives. Dès le XIXème siècle en France, avec la loi Waldeck-Rousseau de 1884 qui autorise la formation de syndicats, le XXème siècle a vu les relations professionnelles s’institutionnaliser par la reconnaissance légale des partenaires sociaux, c’est-à-dire des syndicats de salariés et d’organismes de représentation des employeurs et la construction de normes d’emploi. L’évolution des rapports de force entre les partenaires sociaux, l’essor et les transformations des syndicats affectent la relation salariale et le rythme de croissance des salaires. Les grandes dates du mouvement ouvrier en France, comme en 1936 avec le Front populaire et la semaine des 40h, et 1968 avec les accords de Grenelle qui ont notamment conduit à une augmentation du SMIG, marquent des ruptures dans les conditions de travail, le temps de travail, et dans l’évolution des salaires.
  • Selon le Ministère du travail, de l’emploi, de la formation professionnelle et du dialogue social, dans un document rédigé en 2015, 31 449 accords signés par des délégués syndicaux ont été rédigés en 2015. Près de 38% d’entre eux concernent les salaires et primes (et 19% concernent la participation, l’épargne salariale et l’intéressement). Ces chiffres montrent donc que le syndicalisme a une influence considérable sur la formation des salaires. Ce document montre donc que la négociation n’est plus individualisée, mais “collectivisée”, voire même politisée : il s’agit pour les syndicats de défendre des acquis sociaux face au patronat.

 

2. Politique économique et plan de relance

  • Le marché du travail peut aussi être central, d’un point de vue politique, pour mener une politique de relance. D’un point de vue keynésien, les agents ayant des bas salaires sont ceux qui ont la propension marginale à consommer la plus élevée : il est donc stratégique d’augmenter leur salaire afin de favoriser la consommation. C’est l’idée du multiplicateur keynésien.
  • Document 2 : c’est dans cette optique qu’on peut lire ce document, en voyant que le SMIC a augmenté proportionnellement au salaire moyen

 

La conclusion des annales de SES 2018

Le salaire est donc le résultat de nombreux facteurs. L’explication par la confrontation entre l’offre et la demande de travail n’est bien sûr pas à écarter : elle donner une vision schématique et simplifiée de la réalité. Néanmoins, il est important de coupler l’analyse du salaire avec des considérations d’ordre sociologique et historique.

Au cœur de l’Union Européenne et de la concurrence internationale, le salaire est devenu un enjeu majeur de luttes car de plus en plus de mesures mènent à sa libéralisation afin de diminuer le coût du travail. Sur une pente ascendante depuis les Trente Glorieuses, période qui espérait arriver à une société de loisirs », il semble que les luttes sociales ayant pour enjeu le salaire ne sont pas terminées.

 

Ce qu’il faut retenir

Le sujet est ici relativement classique, et la façon dont la question est posée est elle aussi très classique (est-ce le seul… ? Y a t-il d’autres sources que … ?). La difficulté n’était donc pas tellement ici. Elle résidait dans l’organisation du plan, car aucun document ne soutenait l’idée que le salaire résultait de l’offre et de la demande de travail ! Un combat assez inégal si l’on peut dire… Il fallait donc se souvenir des principales idées développées par les néo-classiques concernant le marché du travail.

Dernier point important : une fois que l’on voit que l’on ne peut pas faire un plan OUI/NON aussi facilement, il fallait imaginer des distinctions à l’intérieur même de la thèse “non, il y a d’autres éléments qui expliquent le salaire”. C’est ce qu’on a ici fait avec l’aspect sociologique et politique.

 

N’hésitez pas à consulter d’autres corrigés de SES – des questions de cours aux sujets de dissertation.

Poursuis ta lecture sur ces sujets