Voici un article qui résume tout ce qu’il faut savoir sur les défaillance de marché pour réussir l’épreuve du BAC haut la main !

On a longtemps maintenu toute foi en la main invisible du marché (Adam Smith) et donné un rôle minimaliste à l’État. Cependant, des défaillances de marché ont été identifiées amenant le libéralisme, fervent défenseur de l’efficacité et l’intégrité du marché, a envisagé une complémentarité, au moins minimale, entre marché et État. L’explicitation de ces défaillances permettent de dépasser la vision de l’individu recherchant seulement son intérêt propre et de ne plus viser la seule efficacité économique mais aussi une certaine équité.

La notion de défaillance de marché

Il y a défaillance de marché lorsque le marché ne parvient à atteindre une allocation optimale des ressources et empêche la maximisation de l’utilité de chaque individu comme de la société. L’équilibre atteint n’est alors pas Pareto-optimal, c’est-à-dire que l’amélioration du bien-être d’une personne dégrade celle d’un autre individu. Il y a alors écart à l’optimum, c’est-à-dire entre coût marginal et bénéfice marginal.

Les externalités et le passager clandestin, source de défaillances de marché

On appelle externalité le fait que l’action d’un agent économique affecte le bien-être d’autres agents sans donner lieu à une compensation. Les externalités peuvent venir de la production comme de la consommation. Par exemple, la pollution émise par une entreprise est une externalité de production car le coût de cette pollution n’est pas supporté par l’entreprise qui l’a produit.

La pollution, un exemple d’externalité

Il y a externalité à chaque fois que le choix privé diffère du choix optimal pour le bien-être collectif (pour une externalité de consommation il y a divergence entre avantage marginal privé et collectif ; pour une externalité de production, il y a divergence entre coût marginal privé et coût marginal social). Les externalités sont donc l’illustration que le bien-être privé diffère de celui social ou collectif. Les prix ne jouent ainsi par leur rôle dans l’allocation efficace des ressources : ils ne véhiculent plus les informations pour prendre la décision optimale. Un écart entre l’équilibre et l’optimum se forme.

Elles donnent lieu à des comportements de passagers clandestins. Le comportement de passager clandestin a été défini par Mancur Olson dans Logique de l’action collective (1965). Il décrit le comportement de particulier qui tente de tirer profit d’une situation sans contribuer à son coût, en comptant sur le fait que les autres usagers n’en feront pas de même. L’usager qui utilise un compte Netflix qui n’est pas en son nom et auquel il ne contribue pas financièrement peut s’apparenter à un comportement de passager clandestin (ce dernier constitue une perte pour l’entreprise qui cherche d’ailleurs à les éradiquer). De tels comportements sont les principales sources des défaillances de marché.

Les biens publics, une production non optimale avec les défaillances de marché

La production de biens publics comme sa consommation n’est pas optimale dans une situation où le marché règne. Les biens publics sont des biens caractérisés par leur non-rivalité et leur non-exclusivité, c’est-à-dire que ce sont des biens qui peuvent être consommés par plusieurs individus en même temps et que la consommation par un individu n’empêche pas sa consommation par un autre individu. 

Un bien public peut être considéré en lui-même comme une externalité qui donne lieu à des comportements de passagers clandestins. Ils empêchent alors l’offre de les fournir en quantité suffisante : on se situe alors en situation de sous-production et donc la demande de ce bien se trouve rationnée. L’Etat doit alors prendre en charge sa production ou la déléguer à une entreprise privée dont les coûts seront financés par l’impôt ou par taxe. 

De manière générale, le caractère collectif d’un bien est un “défaut” de marché du fait de la non-division de sa consommation totale entre usagers. De ce fait, il n’y a alors aucune incitation à produire et un rationnement sous-optimal des consommateurs : du fait de la non-rivalité et non-excluabilité, les producteurs privés prévoient des difficultés à se financer puisqu’ils n’ont aucun moyen de contraindre l’usager à rémunérer le service. L’offre est alors insuffisante. Chaque consommateur a intérêt à ne pas contribuer puisqu’il maximise son gain en contribuant pas. Poussé à l’extrême, ce raisonnement invite à penser que personne ne contribue puisque personne n’y a intérêt. Le bien n’est alors pas produit ; le bien-être social n’est alors pas maximisé. 

L’Etat est alors en nécessité d’intervenir. Il fait cependant face à des obstacles : comment déterminer la quantité optimale de biens à produire ou à faire produire ? Comment connaître les préférences des consommateurs ? Quels prix sont-ils prêts à payer ?

Les biens de club

Le bien de club est un autre type de biens collectifs. A la différence du bien public, il est excluable. Le coût individuel est censé être inférieur au bien-être retiré en consommant ce bien. Le coût normalement diminue avec la taille du club puisqu’une adhésion supplémentaire entraîne un meilleur partage des dépenses. Le club a donc tendance à s’agrandir. Cependant, en augmentant la taille et en baissant la cotisation de chacun, le bénéfice privé que chacun retire diminue également en parallèle. Par exemple, l’adhésion à un club de tennis permet de bénéficier d’horaires avantageuses ainsi que l’accès à certaines zones privatives. En parallèle, avec l’augmentation du nombre d’adhérents, il sera difficile d’obtenir un court. Le coût total par personne finit par croître plus vite que le bénéfice total reçu. Le bien-être privé n’est alors pas atteint.

Les biens communs

Les biens communs sont eux rivaux mais non-excluables, ce qui entraîne un comportement de passager clandestin de surconsommation. Un exemple de ce type bien est l’or noir.

L’existence de ce type de biens a amené Hardin à écrire sur la tragédie des biens communs en 1968 (article “the tragedy of the commons”) : en absence de privatisation ou d’intervention de la puissance publique, le bien est commun est voué à être surexploité. L’exemple du phénomène des embouteillages l’illustre : en rejoignant une autoroute fortement empruntée, le particulier contribue à la densification de la circulation et donc au ralentissement mais la congestion marginale qu’il cause et subi est négligeable devant le gain qu’il obtient en ne circulant pas sur une petite route où la limite de vitesse est bien plus faible. Reproduit pour le cas de la pêche, de tels comportements conduisent à l’épuisement des ressources naturelles. 

Les asymétries d’information

Akerlof publie un travail sur le marché des voitures d’occasion en 1970 pour expliciter le problème des asymétries d’information (“Le marché des voitures d’occasion : incertitude sur la qualité et mécanisme de marché”). Sur le marché des voitures d’occasion, le vendeur de voiture connaît davantage les caractéristiques de la voiture que les acheteurs potentiels. Comme ces derniers se méfient des véhiculent proposés et doutent de la sincérité des vendeurs, ils proposent des prix plus faibles que la valeur réelle de la voiture. Devant le consentement à payer faible des acheteurs, les vendeurs de véhicule de bonne qualité se retirent. En contribuant à réduire de proche en proche la qualité moyenne des voitures vendues, le marché ne sera plus occupé que par des produits de mauvaise qualité. On fait alors face à un phénomène d’antisélection : les voitures de mauvaise qualité chassent les voitures de bonne ou moyenne qualité. Le marché des voitures d’occasion peut alors disparaître.

L’asymétrie d’information entraîne l’utilisation à son avantage d’une information privée afin de bénéficier d’une rente. C’est le même processus à l’oeuvre sur le marché du crédit (à force de demander des garanties à l’emprunteur, il est devient coûteux d’emprunter ; le marché du crédit est alors rationné : les individus solvables se voient refuser des prêts car ils sont incapables de donner des garanties suffisantes).

L’Etat peut intervenir en imposant l’obligation de montrer une certification de qualité (théorie du signal) comme le label AOC peut l’illustrer. 

Le principe de concurrence parfaite non respecté

Les situations de monopole ou d’oligopole sont des situations où un grand nombre de consommateurs font face à un seul ou à un nombre très réduit de vendeurs. Le ou les producteurs détiennent alors un pouvoir de marché (en cas de cartel également) qui leur permettent de maintenir les prix élevés et de réduire les quantités vendues ainsi que la qualité des biens. Une partie du surplus des consommateurs est alors capté par les producteurs et l’équilibre s’éloigne de l’optimum.

Les défaillances de marché : un exemple d’un sujet du bac analyse

Sujet : quelles sont les principales défaillances du marché et quelle intervention publique pour y faire face ?

L’exemple de l’assurance pour illustrer la présence d’aléa moral

Les individus souscrivent à une assurance car ils préfèrent payer un montant faible mais certain en échange de la prise en charge de frais lors de la réalisation du risque. Ils préfèrent lisser leur consommation et ainsi transférer temporellement leurs ressources.

Cependant l’assurance peut présenter un problème d’asymétrie entre assurés et assureurs, conduisant à un phénomène d’antisélection et le départ des personnes considérées à “faibles risques”. En effet, le problème de l’assurance est que l’individu, en y souscrivant, tend à changer son comportement et à accroître sa prise de risque. C’est ce que l’on appelle l’aléa moral. Par exemple, l’individu réduit ses précautions, ou sur-consomme les bénéfices… Pour y pallier, certains assureurs ne couvrent le vol que si la porte était bien fermée ou encore, pour continuer à bénéficier de l’assurance chômage, il faut désormais justifier que l’individu est en recherche active d’un emploi. Plus généralement, le coût de l’assurance est alors augmenté. Ce ne sont plus que les personnes à “fort risque” qui sont prêts à payer le montant. La sélection adverse se produit.

L’exemple d’intervention publique face à ces défaillances de marché

La régulation environnementale est un exemple de correction des externalités par l’Etat. Ce dernier peut procéder de différentes manières : une première option est d’imposer l’adoption d’une technologie permettant de réduire la pollution ou la fixation d’un taux maximum d’émissions de CO2 pour chaque entreprise ou encore imposer une taxe sur les émissions polluantes pour inciter à réduire ces dernières. Une autre option est d’internaliser les externalités négatives en instaurant un permis d’émission. Une quantité maximale de pollution serait fixée ainsi qu’un marché sur lequel pourraient être distribués des permis d’émissions. 

Dans les faits, la régulation par les prix a été privilégiée sur celle par les quantités car les coûts de dépollution de chaque entreprise sont différents (il est moins coûteux pour des grandes entreprises donc ce serait sinon tuer de petites PME) et que certaines entreprises peuvent réduire leurs émissions polluantes de manière plus efficace que d’autres. Une taxe permet aussi de différencier les taux selon les pollueurs et incite les entreprises à investir dans de nouvelles technologies moins polluantes pour payer moins de taxe et abaisser leurs coûts de production (moins polluer devient alors un atout concurrentiel). La taxe carbone en est un exemple. L’Etat peut fonctionner à l’inverse en reversant une prime à ceux qui investissent dans des vélos (la région Ile-de-France a mis en place une aide à l’achat de vélo permettant de recevoir jusqu’à 500 euros de subvention pour tout vélo à assistance électrique acheté).

Conclusion

Le marché a de nombreuses défaillances parmi lesquelles nous comptons les externalités négatives, les asymétries d’information, des pouvoirs de marché excessifs allant à l’encontre de la libre concurrence, le manque d’équité et les distorsions liées aux inégalités. L’identification des dysfonctionnements du marché permet alors de réfléchir au rôle de l’Etat et de dépasser, à l’image de Jean Tirole dans l’Économie du bien commun, le principe smithien de “subsidiarité” selon lequel l’Etat n’aurait qu’une action résiduelle à jouer et ce, seulement en réponse aux défaillances de marché. Pour autant, l’Etat peut aussi être plus défaillant que le marché et s’éloigner d’optimum. Finalement, le rôle de l’Etat est également à repenser, en tant qu’acteur qui, cherchant le bien-être social, est pourtant loin d’être omniscient et parfaitement altruiste et peine à définir les objectifs.

N’hésitez pas à consulter d‘autres fiches de SES sur le site pour vous aider dans vos révisions de l’épreuve !